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En finir avec les phobies
Marie Caouette,
Le Soleil 20/08/2005

Les phobies, cela se guérit ! Les encombrants rituels associés au trouble obsessionnel-compulsif peuvent aussi être allégés.

Marie-Andrée Laplante, qui a souffert d’agoraphobie pendant 13 ans, au point de ne plus être capable de sortir de chez elle, en est la preuve éclatante. Elle circule maintenant partout dans la province pour mettre sur pied et superviser des ateliers de désensibilisation conçus par Phobies-zéro, un organisme sans but lucratif qu’elle a fondé en 1991. Ce groupe d’entraide est reconnu par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

L’agoraphobie est l’incapacité pour certaines personnes à se maîtriser lorsqu’elles se trouvent seules, en dehors de leur domicile. Leur peur naît du sentiment ne pas pouvoir s’échapper facilement ou de ne pas pouvoir être secouru en cas de difficulté dans certains lieux publics, dans de grands espaces ou dans les foules, dans les tunnels ou les moyens de transport.

Pas moins de 15 % de la population est affectée par un trouble anxieux ou phobique. Les anxieux sont des gens créatifs dotés d’une imagination débordante pour inventer des scénarios noirs. Ils sont aussi secrets et se murent dans le silence par crainte d’avoir l’air ridicule et d’être jugés.

L’anxiété maladive se manifeste par divers symptômes : accélération du rythme cardiaque, respiration haletante, sueurs, mains moites, vision embrouillée, jambes molles. On parle d’une attaque de panique ou d’une crise aiguë d’angoisse lorsqu’il y a présence de quatre symptômes en même temps. Le phobique aura alors peur de perdre le contrôle de lui-même, de tomber, d’avoir un malaise cardiaque ou même de mourir.

Les symptômes sont réels, convient Marie-Andrée Laplante, mais les peurs sont irraisonnées. « Il n’y aura aucun dommage et on ne fera pas de crise cardiaque. »

Par peur de revivre un épisode aussi angoissant, nombre de phobiques préféreront éviter les foules, les voyages ou toute autre situation susceptible de les replonger dans un tel état d’anxiété. « Les peurs en arrivent à paralyser les gens. C’est comme vivre avec une chaise roulante intérieure. »

C’est là qu’interviennent les ateliers de Phobies-zéro qui réunissent des personnes atteintes de diverses phobies, incluant le trouble obsessionnel-compulsif, et désireuses d’apprendre à affronter leurs peurs. « On a besoin d’aide quand les peurs commencent à mener notre vie. » Les ateliers utilisent des techniques cognitivo-comportementales qui visent à permettre aux gens de redevenir fonctionnels. Quand on comprend mieux le phénomène semble-t-il, il est possible d’en atténuer les effets dévastateurs « en changeant sa façon de penser et en cessant de tout voir en noir ».

Il faut souvent six mois avant de voir les bienfaits d’une thérapie antiphobies. « Au bout de trois mois de rencontres hebdomadaires, on aura déjà une meilleure qualité de vie », estime Mme Laplante.

Les anxieux vivent beaucoup dans l’anticipation des événements qui leur font peur, explique-t-elle. Ils cultivent leurs idées négatives et leurs peurs qui deviennent envahissantes au point de les amener à négliger le moment présent.

Quand l’imagination veut s’emballer, le phobique doit tenter de s’ancrer les pieds dans l’instant présent, contrôler sa respiration et faire des choses simples comme d’observer minutieusement ce qui l’entoure. « On s’assoit et on compte, par exemple, le nombre de personnes avec telle caractéristique précise dans la foule au centre commercial », dira Mme Laplante. C’est ce genre d’attitude auquel les phobiques s’exercent en ateliers.

Dans la boîte à outils de Phobies-zéro, il y a aussi un graphique qui décrit, étape par étape, l’évolution de l’état d’une personne phobique sur une échelle graduée de 0 à 10. L’échelle décrit les différentes intensités de la peur et les symptômes physiques qui leur sont associés. Cela va du point 0, sans aucune pensée négative et aucun malaise jusqu’au maximum, le niveau 10. À ce point extrême, la personne paniquée pense qu’elle va mourir et elle est devenue incapable de contrôler son comportement et ses émotions, même si elle sait qu’il n’y a aucun danger réel.

Même si le phobique en vient à connaître le processus qui l’amène à paniquer, les rechutes sont toujours possibles. La situation n’est pas plus facile à rétablir pour eux que pour les gens qui tentent d’arrêter de fumer. « Ce n’est pas grave s’il y a des attaques de panique qui reviennent. Il faut aller de petite victoire en petite victoire » sur cette prédisposition innée à l’anxiété, insiste Mme Laplante. Phobies-zéro a d’ailleurs créé des ateliers d’évolution personnelle pour la clientèle qui a franchi l’étape des ateliers de désensibilisation, mais qui souhaite garder un contact avec ce groupe d’entraide.

Obsession-compulsion

Les personnes atteintes du trouble obsessionnel-compulsif (TOC) font elles aussi partie de la grande famille des anxieux. En fait, « tout part de l’anxiété », dit Mme Laplante. « Les TOC sont des gens hypersensibles et perfectionnistes qui se sentent toujours responsables. » Si jamais les choses tournent mal, ce sera de leur faute, croient-ils, parce qu’ils n’auront pas accompli leur rituel à la perfection. « Ils adoptent ces rituels pour soulager leurs craintes irraisonnées. La variété de ces troubles est infinie et les rituels entraînent une perte de temps considérable, d’au minimum une demi-heure par jour. »

Phobies-zéro ne prétend pas éliminer la présence d’un TOC, mais d’atténuer le côté perfectionniste et le sentiment de responsabilité des gens atteints. « Ils vont enfin s’accorder la liberté de sortir de leur scénario et de vivre. »

Une obsession fréquente est celle de propreté. Ces gens ont peur d’être contaminés et de contaminer les autres ; ils se lavent donc les mains à répétition. Certains prendront plusieurs bains consécutifs parce que l’eau est toujours une peu brouillée au moment d’en sortir. Il y en a aussi qui se sentent obligés de faire durer le brossage de dents pendant au moins 15 minutes. Nombreux sont ceux qui vérifient jusqu’à 40 fois qu’ils ont bien verrouillé les portes. L’obsession de la symétrie est aussi fréquente ; d’autres ne peuvent s’empêcher de compter tout ce qu’ils voient. Il y en a, enfin, qui ne peuvent s’empêcher d’accumuler des tonnes d’objets de toutes sortes par peur de jeter quelque chose qui pourrait encore servir un jour.

Très curieusement, plus de 80 % des anxieux chroniques et des phobiques sont superperformants dans une vraie situation de stress. Ils sont capables de gérer efficacement une crise provoquée par un accident domestique, une hospitalisation imprévue ou un décès dans la famille, souligne Mme Laplante. « Ils auront une attaque de panique à retardement. Pendant l’événement stressant, leurs émotions sont bloquées. »

Phobies-zéro offre une ligne d’écoute 24 heures au (514) 276-3105 (sauf pendant les deux semaines de vacances de la construction). Ce service est reconnu pour diminuer l’engorgement dans les urgences parce que la clientèle anxieuse les fréquente 30 fois plus que les autres. Des groupes d’entraide se réunissent toute l’année dans la région de Québec, à Sainte-Foy, Charlesbourg et Lévis. On peut obtenir toute l’information nécessaire à ce sujet au 1 866 922-0002. Les frais d’adhésion annuels à Phobies-zéro sont de 20 $ et le tarifs de chaque rencontre est fixé à 4 $.L’organisme a son site Internet www.phobies-zéro.qc.ca. Les personnes anxieuses peuvent aussi consulter le site de l’ATAQ (Association des troubles anxieux du Québec): www.ataq.org.

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