Nos Professionnels
Dossier trouble panique avec agoraphobie sur la relation de couple
Par Bélanger. C & Baalbaki, G.E. (Nov. 2003)

Denise ne se sent pas bien depuis un certain temps. Elle traverse une période difficile au travail et il lui semble qu'elle n'en fait jamais assez. Elle doit se contrôler parce qu'elle est souvent plus irritable, elle se sent anxieuse et elle panique à l'idée qu'elle puisse peut-être avoir un problème cardiaque sérieux… Après tout, elle a encore de jeunes enfants qui ont besoin d'elle et elle est terrifiée à l'idée qu'il puisse lui arriver malheur et que ses enfants se retrouvent sans maman. Elle a donc consulté son médecin de famille afin d'avoir une référence pour une consultation en cardiologie. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque son médecin ne l'a pas référé chez le cardiologue comme elle s'y attendait, mais qu'il lui a plutôt suggéré de voir… un psychologue! Elle se souvenait avec acuité le choc ressenti lorsque le Dr. Talbot lui avait dit que son malaise semblait avoir une origine psychologique et qu'il existait même un diagnostic pour ce problème : le trouble de panique avec agoraphobie *(TPA). De retour à la maison elle avait discuté avec Jean, son conjoint; à son grand soulagement ce dernier avait semblé comprendre sa détresse et contrairement à ses craintes, il ne l'avait pas jugée. En dépit de l'aspect rassurant de sa réaction, elle se sentait néanmoins coupable de lui avouer qu'elle avait peur de l'accompagner pour une sortie planifiée depuis longtemps. C'est donc avec une certaine appréhension qu'elle s'adressa à lui :

" Chéri … Pourrais-tu appeler Mario et Janette pour leur dire que nous ne pourrons pas être présents au souper chez eux ce soir …

Ah non? Nous avions pourtant confirmé ce matin !

Oui, je sais mais je ne me sens pas bien… et puis on peut rester ensemble toi et moi. Tu peux y aller seul, cela ne me dérange pas…

Ben non je vais rester avec toi mon amour, je suis allé faire l'épicerie en rentrant du travail avant de ramener Julien de la garderie… ".

François et Nicole ont aussi dû apprendre à composer avec le fait que François souffre du trouble panique avec agoraphobie (TPA) depuis déjà deux ans. Leurs fins de semaines ont été pas-sablement chambardées depuis que François a peur de sortir, puisque tous deux avaient toujours adoré faire des sorties familiales les dimanches après-midi. Nicole tente encore souvent de le mobiliser pour faire des sorties, puisqu'elle demeure convaincue que cela ne peut que l'aider. C'est cependant sans trop de conviction qu'elle l'aborde en cette belle matinée automnale :

" François, ça te dit qu'on amène les enfants pour faire la cueillette des pommes demain? La météo s'annonce superbe, et ça fait plusieurs fois qu'ils nous le demandent.

Ah non pas ce dimanche, il va faire beau et tout le monde va vouloir aller aux pommes ! C'est l'embouteillage assuré !
Mais ce n'est pas grave, nous n'avons qu'à partir un peu plus tôt, et de toute façon, rien ne nous presse, nous n'aurons pas d'horaire à respecter ou de rendez-vous d'affaires !

Oui, mais tu sais que je n'aime pas me sentir pris, et à plus forte raison si c'est en campagne, loin de tout !

N'es-tu pas capable pour une fois de faire un effort pour les enfants ? Moi je peux m'en passer des sorties, mais eux…

Es-tu en train de dire que je ne fais pas d'efforts pour les enfants… ?

Non, mais les enfants n'ont pas à payer le prix de la panique. Ça fait des mois qu'on ne fait pas d'activités fami-liales en dehors de la ville.

Parce que tu crois que moi ça me plait de ne pas pouvoir faire des voyages avec les enfants ?

Bon ! Ne fais rien, reste dans ton garage puisque c'est le seul endroit où tu es bien. Je vais les amener demain…".

Il est certain que tous les couples ont à gérer des situations similaires à un moment ou à un autre de leur relation. Les changements de programme à la dernière minute, la diminution des acti-vités à l'extérieure en raison de contraintes, la modification des responsabilités, etc. font donc partie de la réalité avec laquelle tous et toutes ont à transiger régulièrement. La plupart des couples peuvent cependant composer avec ces contraintes temporaires et maintenir un niveau de sa-tisfaction adéquat. Ils pourront pour ce faire avoir recours à leurs habiletés de résolution de pro-blèmes et à leurs stratégies d'adaptation. Mais qu'en serait-il, si ces contraintes qui sont généralement exceptionnelles devenaient presque quotidiennes et généralisées ã plusieurs aspects de la vie de couple? Serait-elles aussi faciles à gérer ? Plus difficiles à supporter ? Et si le problème n'avait pas son origine dans la mauvaise volonté de l'un ou de l'autre des conjoints, mais était attribuable au TPA chez l'un des partenaires ? Voyons donc quel va être l'impact de ce trouble sur le couple. Mais avant tout, commençons par le définir.

Définition du TPA

Une attaque de panique se manifeste sous la forme d'un état physique intensément désagréable, ressemblant aux sensations d'une très grande peur. Les personnes qui en sont atteintes rapportent plusieurs des symptômes suivants : palpitations, douleurs thoraciques, sensation d'étouffement ou d'étranglement, frissons ou bouffées de chaleur, transpiration abondante, tremblements, engourdissements ou picotements, nausée et vertiges. La personne qui vit cette expérience presque insupportable et surtout incompréhensible, a souvent peur de mourir, de faire une crise cardiaque, de s'évanouir ou d'être en train de perdre le contrôle et de devenir folle. Généralement l'attaque de panique ne dure que quelques minutes, mais en raison de sa grande intensité elle est souvent épuisante. Par ailleurs, ce qui rend une attaque de panique encore plus redoutable, aux yeux de ceux qui en font, c'est son caractère imprévisible : elle peut se déclencher soudainement, n'importe où et n'importe quand, sans raison apparente. Ceci a pour effet de créer une anxiété anticipatoire permanente, ce qu'il convient de nommer la " peur d'avoir peur ". La personne qui fait ce genre d'attaque va souvent commencer à éviter et à fuir les endroits ou elle pourrait faire une crise (transport en commun, centres d'achat, restaurants, cinémas, etc). Cet évitement, même s'il permet de contrôler temporairement la venue des attaques, aura des répercussions négatives sur ses activités quotidiennes et il va réduire son autonomie et ses possibilités de déplacement. Ce comportement d'évitement se nomme agoraphobie. Ainsi une personne qui fait des attaques de panique et qui fait de l'évitement souffre de trouble panique avec agoraphobie (TPA).

Il est difficile de trouver une seule raison qui pourrait expliquer pourquoi le TPA s'installe à un moment donné chez une personne, souvent sans que cette dernière n'ait pu prévoir qu'une telle chose puisse lui arriver. La recherche a cependant identifié plusieurs stresseurs qui sont susceptibles de favoriser l'émergence du TPA. À titre d'exemple mentionnons que les conflits conjugaux et familiaux, les problèmes interpersonnels et les conflits, le divorce et le deuil, figurent parmi les facteurs déclencheurs des premières attaques de panique.

L'impact du TPA sur le couple.
Quand le TPA s'installe chez un partenaire vivant en couple, le conjoint non agoraphobe doit souvent s'ajuster et il devient souvent un aidant naturel en réponse aux demandes du conjoint agoraphobe. Ainsi n'est-il pas rare que le partenaire soit mobilisé pour accompagner l'autre lors de ses sorties, qu'il soit plus ou moins forcé de prendre plus de responsabilités comme le magasinage, l'accompagnement des enfants à l'école etc. Il peut dans ces circonstances devenir plus directif et après un certain temps, il peut commencer à avoir le sentiment d'en faire plus. De plus, comme il a pu être observé chez François et Nicole, certaines frustrations répétitives peuvent aigrir la relation. L'agoraphobe peut par exemple dans certains cas refuser de sortir ou encore d'avoir des relations sexuelles pour éviter de ressentir des sensations physiques similaires à celles des attaques de panique, par peur d'en déclencher une. En réduisant ainsi son champ d'acti-vités, il réduit alors par le fait même une partie du champ d'activités de son conjoint. Mais le bénéfice (ne pas faire des attaques de panique) que tire l'agoraphobe de ces divers comportements d'évitement n'est pas sans coûts! D'après les résultats obtenus et observations cli-niques assemblées par notre équipe de chercheurs, la baisse d'autonomie imputable au TPA va souvent entraîner une faible estime de soi. De plus la peur d'un jugement négatif de la part de son conjoint et l'impression d’être “endetté" envers ce dernier, pourront pousser la personne avec TPA à compenser les lacunes perçues, comme par exemple en évitant les conflits potentiels et faisant plus de compromis.

En l'absence de bonnes habiletés de communication et de résolution de problèmes, la situation peut devenir accablante pour les deux conjoints et peut entraîner un sentiment d'impuissance ainsi qu'une perte d'espoir de retrouver la qualité de la relation telle qu'elle était avant l'apparition du trouble. En raison de l'accumulation des frustrations, une distanciation entre les conjoints est donc possible, et certains couples peuvent même en arriver à une séparation.

Mais comment se fait-il que tous les couples où s'installe le TPA ne se séparent pas? Comment ces couples apprennent-ils alors à vivre avec ce problème ? Nos recherches tentent de voir comment certains couples peuvent même tirer des bénéfices secondaires de la dynamique agoraphobique. Ainsi, la modification des responsabilités (garde des enfants, tâches ménagères etc.) peut être en faveur de l'un ou de l'autre des conjoints; le conjoint non agoraphobe peut ressentir de la valorisation et une valorisation de l'estime de soi en raison de son rôle de protecteur; le fait de donner plus d'attention et de soins peut être interprété comme une marque d'amour; les conjoints passent plus de temps ensemble, ce qui favorise l'intimité; de plus l'agoraphobie permet de contourner certains problèmes comme la jalousie, les sorties non désirées etc.

Les conjoints doivent donc se réadapter à un nouveau fonctionnement de couple, et le fait que le problème de dépendance ne soit pas adressé et qu'il puisse comporter comme il a pu être vu des avantages secondaires, peuvent être associé au maintien du trouble, à l'insu de la personne qui en souffre. L'accommodation à la maladie en raison des bénéfices secondaires qu'elle procure est cependant associée à des coûts. Les comportements d'évitement vont réduire l'anxiété ã court terme, mais renforceront l'évitement à long terme. Donc l'agoraphobe aura moins de chances de retrouver son autonomie et son sentiment de liberté. Par ailleurs, plus cette dynamique sera maintenue dans le temps, plus la rupture de ce patron sera difficile et vécue comme dangereuse et insécurisante.

La recherche montre par ailleurs que l'amélioration de l'agoraphobie peut entraîner une augmentation des conflits conjugaux et des problèmes relationnels chez plusieurs couples. L'avancement vers une " guérison " peut être ressentie comme menaçante pour le conjoint non agoraphobe. D'une part il peut perdre son statut de protecteur et donc la valorisation qu'il en tire, et d'autre part il peut perdre le contrôle dont il dispose dans le couple. On peut alors obser-ver un " sabotage " de l'amélioration de l'agoraphobe pour maintenir le statu quo. L'agoraphobe pour sa part, malgré son désir d'être plus autonome, va éviter le conflit en arrêtant les progrès et ce par peur de conséquences de son affirmation (par ex, solitude en cas de séparation avec son conjoint). Ici aussi, nous pouvons remarquer que le manque de bonnes habilités de résolution de problèmes et de communication dans le couple, peut être en lien avec le maintien d'une situation d’insatisfation pour le couple ou à tout le moins pour un des deux partenaires.

L'intervention et son impact sur le couple
La thérapie congnitivo-comportementale est sans doute le traitement de choix pour le TPA. Selon les recherches, on observe de 66% à 89% de rémission du trouble. Toutefois, l'amélioration de l'agoraphobe semble être intimement liée à la capacité d'adaptation de son partenaire aux changements induits par la thérapie. Ce genre de partenaire facilite et encourage les efforts du patient. Inversement, si les changements sont perçus comme indésirables et/ou menaçants, le partenaire non agoraphobe pourra entraver le cours de la thérapie par sa résistance aux changements.

Une recherche menée par notre laboratoire à l'Université du Québec à Montréal, à la clinique des troubles anxieux de l'hôpital Douglas et à l'hôpital Louis H. Lafontaine a confirmé que les bonnes habiletés de communication et de résolution de problème dans le couple semblent favoriser chez l'agoraphobe le succès de la thérapie. Par ailleurs nous avons aussi démontré que lorsque le conjoint non agoraphobe fait preuve de peu d'habiletés de résolutions de problèmes, les chances que l'agoraphobe abandonne le traitement sont plus fortes. Ces personnes pourraient en effet se sentir menacées par des changements qui ne peuvent être gérés adéquatement au sein de la relation.

Pour une amélioration durable des symptômes du TPA, il semble donc en définitive que l'ajustement du couple, les habiletés interpersonnelles des partenaires et leur capacité de régler leurs problèmes de façon adéquate puissent être des facteurs importants à considérer.

Claude Bélanger Ph.D est professeur agrégé au département de psychologie de l'UQAM. Professeur adjoint au département des psychiatrie de l'Université McGill et chercheur à l'hôpital Douglas. Il s'intéresse à l'évaluation et au traitement du TPA, de même qu'aux problèmes de couple.

Ghassan El-Baalbaki est étudiant au doctorat à l'UQAM. Ses recherches doctorales portent sur le TPA en lien avec les modes de communication au sein de la relation conjugale.

Liens rapides > Nous rejoindre | Liste des groupes de soutien
Phobies-Zéro © 2005 webmaster@phobies-zero.qc.ca
Phobies-Zéro est un groupe de soutien et d’entraide pour les personnes, jeunes ou adultes, souffrant de troubles anxieux incluant le trouble obsessif-compulsif. Les services s’adressent également à la famille et aux proches.

Qui est <b>Phobies-Zéro</b> et comment peut-on leur venir en aide Pour en comprendre plus sur la problématique Les outils disponibles pour s'en sortir!